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La mobilisation

Attac : "Dégonfler la finance : nous soutenons Adair Turner"

Quelques mois après avoir été sauvées d’une faillite certaine par l’injection massive de fonds publics, les banques occidentales renouent avec leurs profits et leurs bonus milliardaires. Refusant toute mesure contraignante, le G20 laisse carte blanche à la finance globalisée pour préparer la prochaine bulle – qui sera peut-être « verte » – et donc le prochain krach.

Les codes de bonne conduite et autres mesures cosmétiques ne visent qu’à sauver les apparences pour que la rapine puisse continuer. Dirigeants politiques et financiers font mine de tout changer pour que rien ne change.

C’est pourquoi nous saluons la lucidité d’un des principaux acteurs de la finance globale, Adair Turner, actuel président de l’Autorité britannique des services financiers (FSA). Comme M. Turner, nous pensons que « si vous voulez faire cesser les rémunérations excessives dans un secteur financier hypertrophié, vous devez réduire la taille de ce secteur ou appliquer des taxes spéciales sur ses bénéfices avant rémunération ». Comme M. Turner, nous estimons que le niveau de rémunération dans les banques vient d’une « dérégulation financière caricaturale ». Comme M. Turner nous affirmons que la plupart des transactions de la place financière de Londres (nous ajoutons Paris, Francfort, New York...), et notamment celles accomplies par des traders assoiffés de bonus, sont « socialement inutiles » (AFP, 27/08/2009).

Comme M. Turner, nous pensons qu’augmenter le capital minimum nécessaire pour exercer des activités boursières serait une arme « puissante pour éliminer activités et profits excessifs ». Comme M. Turner, nous pensons qu’il faudrait « examiner la possibilité de taxes sur les transactions financières, des taxes Tobin ». Nous pensons même qu’il faudrait mettre en place ces taxes – sur toutes les transactions financières comme le propose M. Turner, et pas sur les seules transactions de change comme le disait James Tobin – le plus rapidement possible, pour éviter la formation de nouvelles bulles spéculatives et affaiblir la pression croissante que le capital financier exerce sur tous les aspects de nos vies : emplois, salaires, services publics, culture, environnement... Le produit de ces taxes, auquel on ajouterait celui d’une taxe globale sur les émissions de gaz à effet de serre, pourrait être affecté à des fonds gérés par les Nations unies pour financer le développement durable et la reconversion écologique des économies.

Turner est l’ancien directeur général de la Confédération britannique de l’industrie (le Medef britannique), et ancien vice-président de Merryl-Lynch Europe. Qu’il en vienne à reconnaître la nécessité impérieuse de réduire le volume de la sphère financière est un signe encourageant. Puisque la spéculation financière ne joue « aucun rôle social utile », il n’y a pas d’inconvénient à la dégonfler, même si la France ou l’Europe commencent seules. Nous demandons au président de la République Nicolas Sarkozy, qui prétend vouloir dompter une « finance qui marche sur la tête », de commencer par soutenir les propositions de M. Turner dès le prochain G20 de Pittsburgh, et de faire en sorte que la France et l’Union européenne proposent à cette occasion la mise en place d’une taxe Tobin au niveau international et d’une taxe globale sur les émissions de gaz à effet de serre.

Attac France,
Montreuil, le 28 août 2009

Photo : The CBI Flickr